Avril 2012 : Menaces de fermeture sur les centrales au gaz en Europe

Pont sur Sambre

Centrale de Pont sur Sambre

Extrait du journal Les Echos du 25 avril 2012

En France, la centrale à cycle combiné au gaz naturel (CCGT) de Pont-sur-Sambre, dans le Nord, a été placée en procédure de sauvegarde. Face à des prix de vente de l’électricité en baisse et des coûts d’achat de gaz en hausse, les fermetures se multiplient en Grande-Bretagne et en Allemagne.

Ecrit par Thibaut Madelin avec Emmanuel Grasland

Lors de son inauguration, en septembre 2009, elle était présentée par son propriétaire Poweo comme un investissement d’avenir. Deux ans et demi plus tard, la centrale à cycle combiné au gaz naturel (CCGT) de Pont-sur-Sambre, dans le Nord, est au bord de la faillite. Son nouvel actionnaire, l’autrichien Verbund, l’a placée en procédure de sauvegarde le 12 mars.

Son problème ? « Les conditions d’approvisionnement en gaz dans le cadre d’un contrat de long terme qui a été négocié en d’autres circonstances », selon Eric Rouvroy, administrateur judiciaire. Avec la hausse des prix du gaz, indexés sur les cours du pétrole, la centrale n’est plus rentable. L’an dernier, cet outil flambant neuf a perdu plusieurs dizaines de millions d’euros. Un investissement de 300 millions déjà bon pour la casse ?

La question est loin d’être anodine, même si la décision de Verbund lui permet de renégocier son contrat de gaz avec son fournisseur italien ENI. Un peu partout en Europe, les grands électriciens ferment des centrales de ce type. C’est le cas de Centrica, International Power ou Barking Power en Grande-Bretagne, mais aussi du norvégien Statkraft en Allemagne, qui a également renoncé à un projet. RWE s’interroge aussi sur l’avenir de ses centrales à gaz. « La crise financière a fait reculer la demande d’électricité, a expliqué en février Jürgen Tzschoppe, directeur de la filiale allemande de Statkraft. Par ailleurs, le marché est tel que des prix élevés pour le gaz coïncident avec des prix bas pour l’électricité, ce qui est un indice clair de surcapacité en Europe. »

Après des années de croissance, et malgré la décision allemande de fermer des centrales nucléaires après l’accident de Fukushima, le secteur européen de l’électricité souffre de surcapacités. Phénomène inimaginable il y a quelques années, cette industrie partage le sort de l’automobile ou des papetiers. Pour UBS, les compagnies européennes pourraient fermer jusqu’à 10.000 mégawatts de capacités d’ici à 2014. Selon Bloomberg, une centrale à gaz française standard perd 6 euros par mégawattheure (MWh) si l’on tient compte des prix d’achat du gaz, des émissions de CO2 et de vente d’électricité. Idem en Espagne ou en Allemagne…

 Investissements gelés

Outre l’évolution désavantageuse des prix de l’électricité (à la baisse) et du gaz (à la hausse), ces centrales sont aussi les premières victimes de l’essor des énergies renouvelables. Quand les éoliennes tournent, ou quand les panneaux photovoltaïques produisent de l’énergie, elles n’ont plus de raison de fonctionner. Finalement, elles ne produisent plus que lorsque le vent tombe ou le soleil disparaît…

« Les investissements dans les centrales thermiques sont gelés depuis un à deux ans en Europe, cependant elles sont indispensables pour l’équilibre du réseau en complément du développement des énergies renouvelables dont la production est intermittente », constate Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez.

« Les centrales à gaz sont beaucoup plus capables que celles à charbon ou que le nucléaire de monter ou descendre en puissance pour répondre à la volatilité des flux renouvelables. Du coup, leur taux d’utilisation a souffert » , confirment les analystes de HSBC. En Espagne, où les énergies vertes ont explosé, ce taux d’utilisation a chuté de 66 % en 2004 à 23 % en 2011, selon Gas Natural. Or, selon l’Agence internationale de l’énergie, ces centrales thermiques ne sont bénéficiaires que si elles tournent plus de 5.000 heures par an, ce qui représente un taux d’utilisation d’environ 57 %…

Dans ce contexte, de plus en plus d’acteurs appellent à la création d’un marché de capacité, qui rémunérerait non pas l’énergie produite mais la capacité d’une centrale à produire aux heures de pointe. Un tel dispositif est prévu en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France, où il fait l’objet d’intenses débats.

 Le charbon plus rentable

Alors que les centrales à gaz européennes sont déficitaires, celles fonctionnant au charbon voient leur santé s’améliorer. La raison ? Les cours du charbon en Europe sont redescendus en février à leur plus bas niveau depuis quinze mois. A l’origine : des volumes venant de Russie, de Colombie ou des Etats-Unis, où l’exploitation des gaz de schiste bon marché a dégagé des volumes de charbon disponibles à l’export. Dans le même temps, les centrales à charbon, les plus polluantes du secteur, profitent de la chute des prix des émissions de CO2.