Novembre 2012 : la mauvaise santé des centrales au gaz confirmée

Pont sur Sambre

Centrale de Pont sur Sambre

 Dans la continuité du jugement du tribunal administratif de Strasbourg, qui pour rappel, a annulé le permis d’exploiter d’Hambregie pour défaut de preuve de capacités financières et techniques, voici un article récent du journal Les Echos qui confirme que ce secteur d’activité est en difficulté :

 

EDF brave les doutes sur les centrales au gaz

Par Veronique Le Billon | 13/11 | 07:00

 

L’énergéticien ne lève pas le pied sur ses investissements dans le gaz. Le PDG d’EDF, Henri Proglio, a inauguré, hier à Martigues (Bouches-du-Rhône), deux unités de production de gaz de 450 mégawatts (MW). L’une a été mise en service en août, l’autre le sera au début de l’an prochain.

Comprenant turbine à combustion et turbine à vapeur, ces deux cycles combinés gaz (CGG) se concrétisent à un moment où la rentabilité économique des centrales au gaz suscite des doutes. E.ON France vient d’annoncer l’annulation de son projet de CCG à Hornaing (Nord). Direct Energie n’a pas non plus levé l’option qui lui permettait d’acquérir le projet de centrale à gaz de l’autrichien Verbund à Pont-sur-Sambre (Nord) : trop cher, a-t-il jugé pour l’instant. De fait, une demande d’électricité atone et les cours comparés du gaz, de l’électricité ou du charbon ne sont pas favorables aux CCG. «  Les cycles combinés gaz avaient un avantage compétitif en 2011, ils l’ont perdu en 2012  », note le gestionnaire du réseau RTE dans son dernier bilan prévisionnel.

Une rentabilité mise à mal

La production des énergies renouvelables, prioritaire sur celle des CCG et dont les prix d’achat sont garantis, a aussi érodé leur modèle économique. «  Les CCG ont vu leur utilisation diminuer à 3.000 heures par an, alors que leur seuil de rentabilité se situe davantage entre 4.000 et 6.000 heures par an  », note le député David Habib, rapporteur pour avis des crédits 2013 du programme énergie. «  GDF Suez a réalisé environ 1 milliard d’euros d’investissements au cours des dernières années, qui ne pourront pas être rentabilisés à court, voire à moyen terme », pointe-t-il.

A Landivisiau (Finistère), Direct Energie et Siemens ont remporté un appel d’offres pour créer un CCG, mais sa rentabilité est soutenue par une subvention annuelle de 40 millions d’euros.

EDF estime que son équation économique est différente : «  Si la centrale de Martigues était une entreprise autonome, elle perdrait de l’argent. Mais c’est sur l’ensemble du parc de production que se mesure l’amortissement de ces moyens de pointe et de semi-base  », explique Hervé Machenaud, directeur de la production d’EDF.

Compte tenu des nouvelles normes de pollution, l’électricien ferme d’ici à fin 2015 plus de 2.500 MW de centrales au charbon. Le cycle combiné gaz permet d’améliorer le rendement du combustible (il passe de 37 % à 55 %), avec des émissions de CO2 divisées par 2 par rapport au fioul, alors que les quotas de CO2 deviennent payants à partir 2013.

Les deux CCG de Martigues sont en outre issus d’un « repowering », c’est-à-dire de la reconversion d’une centrale au fioul, ce qui a réduit les coûts d’investissement de 15 % par rapport à une installation neuve.

«  La rentabilité des CCG dépend aussi des contrats d’approvisionnement en gaz  », souligne Michel Tournier, directeur de la production thermique d’EDF. Si certains groupes ont souffert de contrats de long terme négociés au plus haut, EDF ne s’approvisionne que sur le marché « spot », et le terminal méthanier en construction à Dunkerque devrait lui donner des marges de manoeuvre supplémentaires.

VÉRONIQUE LE BILLON, Les Echos